Quand une SCI engage des travaux, la facture de l’artisan ne se range plus dans un classeur. À partir du 1er septembre 2026, elle arrive au format électronique, par un circuit imposé à toutes les entreprises. Une SCI familiale à l’impôt sur le revenu est concernée, même si elle n’émet jamais de facture. En tant que personne morale, elle doit pouvoir recevoir celles de ses fournisseurs. La loi 2023-1322 du 29 décembre 2023 a posé l’échéance, et la loi de finances 2026 a relevé les sanctions. Comprendre ce qui change pour vos factures de travaux évite deux écueils. D’abord perdre des justificatifs. Ensuite fragiliser la déduction de charges qui pèsent souvent plusieurs milliers d’euros.
Ce que la facture électronique change pour vos travaux
La réforme ne crée pas un nouvel impôt. Elle change le format et le canal de vos factures. Pour bien situer les travaux dans l’ensemble, gardez en tête la réforme de la facture électronique appliquée aux SCI, dont les factures d’artisans ne sont qu’un volet.
De la facture papier au format structuré
Aujourd’hui, un artisan vous remet une facture papier ou un PDF par courriel. La réforme met fin à cette habitude pour les échanges entre professionnels. Une facture entre deux entreprises devient un fichier structuré, lisible par un ordinateur autant que par un humain. Trois formats sont admis par l’administration : Factur-X, UBL et CII. Le plus courant en France, Factur-X, associe un PDF classique et un fichier de données intégré. Pour votre SCI, le changement est tangible. Recevoir une facture de travaux ne signifie plus ouvrir une pièce jointe, mais récupérer un document normé dans un espace dédié. Un simple PDF envoyé par mail, hors de ce circuit, ne vaudra plus facture au regard de la TVA pour les fournisseurs concernés. La donnée structurée permet ensuite un classement automatique et une saisie comptable sans ressaisie. Cette mécanique vise d’abord la TVA. En fiabilisant les données, l’État entend lutter contre la fraude et accélérer les remboursements. Pour vous, l’effet secondaire est un suivi plus net de vos dépenses de chantier.
Votre artisan émet, votre SCI reçoit
Le mouvement part du fournisseur. L’artisan se connecte à sa propre plateforme et y dépose sa facture. Celle-ci est ensuite acheminée vers la plateforme que votre SCI aura choisie, grâce à un annuaire central qui identifie chaque entreprise par son numéro SIREN. Vous la retrouvez dans votre espace de réception, prête à être validée puis comptabilisée. Cette obligation de réception s’applique à toutes les entreprises dès le 1er septembre 2026, sans condition de taille ni de chiffre d’affaires. Même si votre SCI n’émet jamais de facture, elle reste destinataire de celles de ses prestataires : artisan, maître d’œuvre, diagnostiqueur, assureur, expert-comptable. À mesure que vos fournisseurs basculent, leurs envois papier ou PDF disparaissent. Sans plateforme de réception, vous risquez tout simplement de ne plus recevoir certaines factures. Anticiper ce raccordement évite une rupture dans le suivi de vos chantiers. Le calendrier distingue d’ailleurs deux temps. La réception concerne tout le monde en 2026. L’émission, elle, suit un rythme propre selon la taille de l’entreprise.
Le portail public gratuit que l’État promettait pour recevoir vos factures a été abandonné en octobre 2024. Il ne subsiste qu’en coulisses, comme annuaire. Pour recevoir les factures de vos artisans, vous devez donc passer par une plateforme agréée privée.
Votre SCI est-elle concernée par ces factures ?
Toutes les SCI ne sont pas logées à la même enseigne. La réponse dépend de votre activité et de votre rapport à la TVA, pas seulement de votre régime d’imposition. Trois situations se distinguent nettement.
Location nue, option TVA ou absence d’activité
Une SCI qui loue un bien exerce, en principe, une activité économique. À ce titre, elle est considérée comme assujettie à la TVA au sens de l’article 256 A du CGI, même lorsque ses loyers en sont exonérés. La location de locaux nus à usage d’habitation est précisément exonérée par l’article 261 D du CGI. Cette SCI reste assujettie, mais exonérée : elle doit recevoir ses factures électroniques, sans avoir à en émettre. Deuxième cas, la SCI qui loue des locaux nus à usage professionnel ou commercial peut opter pour la TVA. Dès qu’elle exerce cette option, elle devient redevable. Elle relève alors de la réforme dans son ensemble : réception, émission et transmission des données. Troisième cas, la SCI qui n’exerce aucune activité économique. Une SCI familiale qui met un bien à disposition de ses associés sans percevoir de loyer n’est pas assujettie. Elle échappe à toute obligation, en réception comme en émission. La frontière se joue donc sur l’activité réelle, pas sur l’objet social affiché dans les statuts.
| Profil de SCI | Réception au 1er sept. 2026 | Émission et e-reporting |
|---|---|---|
| SCI à l’IR, location nue d’habitation (exonérée de TVA) | Oui | Non |
| SCI ayant opté pour la TVA (locaux nus pro ou commerciaux) | Oui | Oui (émission au 1er sept. 2027 pour une TPE/PME) |
| SCI à l’IS | Oui | Selon l’activité et la taille |
| SCI sans activité économique (bien occupé par les associés, sans loyer) | Non | Non |
Une SCI qui loue, même exonérée de TVA, doit pouvoir recevoir ses factures de travaux au 1er septembre 2026. Seule une SCI sans aucune activité économique reste hors du dispositif.
À l’IR comme à l’IS, la réception ne se discute pas
Le régime d’imposition ne décide pas de l’obligation de recevoir. Une SCI familiale à l’impôt sur le revenu, qui loue nu à des particuliers, garde ses loyers hors du champ de la réforme. Elle n’émet donc aucune facture électronique pour ses quittances. Mais elle reste une personne morale qui engage des dépenses. Les factures de ses artisans, de son comptable ou de son assurance lui parviendront au format électronique. Une SCI ayant opté pour la TVA, ou soumise à l’impôt sur les sociétés, va plus loin. Elle doit aussi émettre des factures électroniques vers ses locataires professionnels et transmettre les données de ses opérations avec des particuliers. Pour une petite structure, cette obligation d’émission ne démarre qu’au 1er septembre 2027. La réception, elle, reste fixée à 2026 pour tout le monde. Cette distinction est la clé. On peut être dispensé d’émettre et rester tenu de recevoir. Les factures de travaux relèvent toujours de ce second volet, quel que soit votre régime.
Comment vous allez recevoir les factures de travaux
Recevoir une facture électronique suppose un minimum de plomberie. Pas de logiciel complexe à installer, mais un raccordement à organiser avant l’échéance. Deux étapes suffisent à se mettre en règle.
Choisir une plateforme agréée et s’inscrire à l’annuaire
Le projet d’un portail public gratuit pour émettre et recevoir a été abandonné en octobre 2024. Recevoir vos factures passe désormais par une plateforme agréée, anciennement appelée plateforme de dématérialisation partenaire. Ces plateformes sont immatriculées par l’administration fiscale. En mars 2026, plus de 175 plateformes figuraient déjà sur la liste officielle. Le choix se fait selon vos besoins et votre budget, certaines offres de réception étant gratuites. Une fois la plateforme retenue, elle inscrit votre SCI dans l’annuaire central et enregistre son adresse de réception. Vos fournisseurs y trouvent le bon point de livraison pour leurs factures. Pensez à transmettre votre référence à vos artisans habituels, pour fluidifier les premiers envois. Ce paramétrage prend peu de temps, mais il conditionne la bonne arrivée de chaque facture de chantier. Vous pouvez d’ailleurs utiliser une plateforme pour la réception et une autre pour l’émission. L’annuaire se charge d’orienter chaque flux vers le bon destinataire. Rien ne vous enferme dans une solution unique.
Ne désigner aucune plateforme agréée a un coût. Après une mise en demeure restée sans effet pendant trois mois, l’amende atteint 500 €. Elle passe à 1 000 € si rien ne change, puis se renouvelle tous les trois mois (article 1737, III du CGI). Le risque immédiat reste surtout de voir les factures de vos artisans se perdre en route.
Vérifier le format et les mentions à l’arrivée
Une facture conforme ne se résume pas à son format. Elle doit aussi porter les bonnes mentions. Depuis septembre 2026, quatre mentions supplémentaires s’ajoutent aux informations habituelles sur les factures entre professionnels. On y trouve notamment le numéro d’identification du client, la nature de l’opération et l’adresse de livraison lorsqu’elle diffère. Pour une facture de travaux, ces données permettent de relier la dépense au bon bien et au bon chantier. Une bonne plateforme lit ces éléments et les classe sans intervention de votre part. Vérifiez tout de même la cohérence des montants, du taux de TVA et de l’ident